L’assassinat de Marielle Franco, conseillère municipale de gauche de Rio de Janeiro

L’assassinat de Marielle Franco, conseillère municipale de gauche de Rio de Janeiro, suscite une vague d’indignation dans tout le pays.

Le 14 mars 2018 au soir, Marielle Franco, 38 ans, conseillère municipale de gauche à Rio de Janeiro, a été tuée par balles alors qu’elle revenait d’un rassemblement pour la promotion des femmes noires. En plein centre-ville, sa voiture a été criblée de balles. Son chauffeur a lui aussi été abattu, et une femme qui l’accompagnait a survécu. Les tirs mortels sont partis d’une autre voiture, qui a pris la fuite.

Née dans une favela de Rio de Janeiro, Marielle Franco, conseillère municipale de gauche de Rio de Janeiro, était un symbole de la lutte des femmes noires brésiliennes contre le racisme et la violence policière avant de se faire assassiner à 38 ans. La dernière image de Marielle Franco est une vidéo sur son compte Facebook dans laquelle on la voit participer un débat public. La conseillère municipale, qui vivait avec sa compagne, laisse une fille de 19 ans.

Marielle était souriante, forte, sûre d’elle et avait les pieds sur terre“, explique à l’AFP Marcela Lisboa, productrice culturelle et amie de longue date de la conseillère municipale, avec qui elle a longtemps milité au sein du Parti de gauche socialisme et liberté (PSOL).

Fusillades meurtrières 

“Femme, noire, mère et issue de la favela de la Maré”. C’est ainsi que Marielle aimait se présenter. La Maré, c’est une des favelas les plus violentes de Rio, située au nord de la ville, non loin de l’aéroport international. (Pour plus d’infos, voir notre dossier spécial favela ici). Ce vaste quartier peuplé de 140.000 habitants vit depuis des années au rythmes des fusillades, entre guerres des gangs des narcotrafiquants et interventions musclés des forces de l’ordre qui tentent de s’interposer.

La vie de Marielle Franco a basculé quand une de ses amies a été fauchée par une balle perdue lors d’une des ces fusillades, peu après leur inscription dans un cours préparatoire à l’université destinée aux jeunes des favelas. C’est à ce moment-là qu’elle a décidé de se consacrer à la défense des droits humains.

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Marielle Franco ©Twitter

La jeune carioca a dû interrompre ses études après être tombée enceinte à 18 ans, mais s’est accrochée en prenant des cours du soir. Elle finit par obtenir une bourse pour étudier dans l’université de la PUC, une des plus prestigieuses de Rio, où elle décroche un diplôme de sociologie avant de se spécialiser dans l’administration publique .

Marielle s’est ensuite fait un nom en tant que militante associative, avant s’engager en politique auprès du PSOL. En 2006, elle devient assistante parlementaire de Marcelo Freixo, député emblématique qui a reçu de nombreuses menaces de mort après avoir dirigé une commission parlementaire sur les milices paramilitaires qui sèment la terreur dans certaines favelas (voir à ce sujet notre roman Troupe d’élite 2).

Élection inespérée 

Dix ans plus tard, la jeune femme a décidé de faire le grand saut et présente sa candidature au Conseil municipal, avec un résultat qui dépasse ses espérances. Avec plus de 46.000 voix, elle est arrivée au cinquième rang des conseillers ayant obtenu le plus de voix. “Je ne m’attendais pas à recueillir plus de 6.000 voix. Je suis très heureuse parce que c’est une réponse dans les urnes à ceux qui veulent nous éloigner des débats, nous, les femmes noires des favelas“, affirme-t-elle dans un entretien au journal étudiant de la PUC après son élection.

Au conseil municipal, Marielle Franco a notamment présenté un projet de loi pour que la ville recense les statistiques de violences contre les femmes.  Elle s’est aussi élevée contre la décision du président brésilien Michel Temer de confier en février à l’armée la sécurité de Rio pour tenter de contenir l’escalade de la violence qui ne cesse d’augmenter depuis la fin des jeux Olympiques de 2016. Enfin, il y a deux semaines, elle avait été désignée rapporteur d’une commission créée par le Conseil municipal pour surveiller d’éventuels abus des militaires. Un sujet qui lui tenait particulièrement à coeur : en 2014 et 2015, la favela de la Maré avait été occupée par les soldats et de nombreux habitants avaient dénoncé diverses exactions.

Par AFP

Une vague de manifestations

Depuis l’assassinat de Marielle Franco, de nombreuses manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes du pays. Et la presse internationale a peu à peu relayé l’information. Notre auteure Conceição Evaristo était à Paris au moment de l’assassinat de Marielle, dont elle était très proche. Elle déclare notamment : “Nous continuerons sa lutte à travers la littérature. À partir de notre condition de femmes noires, nous ferons en tendre notre voix dans tous les endroits possibles.”

Voir l’article de Sud-Ouest paru le 30 mars ici, ou encore l’article du Monde, “Dans un Brésil à la dérive, le deuil de l’icône Marielle Franco” ici. 

Voir également l’article de blog de Paula Anacaona, Quand la réalité dépasse la fiction

Photo_Reuters_Ricardo Moraes

couverture je suis favela
Je suis toujours favela. 27 nouvelles sur les favelas brésiliennes
Je suis encore favela_Anacaona

One reply on “L’assassinat de Marielle Franco, conseillère municipale de gauche de Rio de Janeiro

  • Claudia

    Certains jours le courage nous envahit. Les riches et les grands bourgeois sont tellement près à tout pour garder leur pouvoir. Nous avons le nombre, ils ont la finance. Partout dans le monde ils sèment la peur, la haine et le déshonneur. Nous en France, le président infantilise le peuple. Il le réduit à des riens, à des fainéants, des profiteurs. N’hésitant pas qualifier la France insoumise, plus grande force de gauche, d’extrême au même titre que le FN.

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