Biographie José Lins Do Rego

J’ai quarante-six ans, la peau mate, les cheveux noirs légèrement poivre et sel, un mètre soixante-quatorze, marié, trois filles et un gendre. 86 kilos bien pesés, une excellente santé et une peur terrible de mourir. Je n’aime pas travailler, je ne fume pas, je rêve beaucoup quand je dors, et j’ai déjà écrit onze romans. S’il pleut, je regrette le soleil ; s’il fait chaud, je regrette la pluie. Pendant les matches de football, je souffre comme un malheureux. Je donnerais tout pour voir mon club remporter le championnat (…) José Lins Do Rego – 1947

José Lins do Rego est né le 3 juin 1901 dans une plantation du Paraiba, un état rural du Nordeste du Brésil. Sa mère meurt l’année de sa naissance. Parti habiter dans la plantation de son grand-père, il est élevé par sa tante Maria avec ses cousins et tous les gamins de la plantation : « Oui, tout appartenait à mon grand-père, le vieux Bubu, un homme grand et barbu, aux petits yeux, le bâton à la main. Son cri résonnait jusqu’aux confins de ses terres et dans les champs, les travailleurs soulevaient leur chapeau en le voyant (…) J’étais persuadé qu’il n’existait rien d’autre au-delà des limites de sa plantation » José Lins do Rego, 1956.

L’enfant de la plantation écoute avidement les conversations des domestiques, mais ce sont surtout les histoires de la vieille Totonha, inspirées du répertoire ibérique traditionnel, qui le marquent fortement. « Deux éléments fondamentaux ont constitué ma formation de romancier : les histoires de la vieille Totonha et Les douze pairs de France, livre de chevalerie que j’ai lu à l’internat, quand j’avais dix ans. C’est le premier livre que j’ai lu » José Lins do Rego, 1957.

Après la mort de sa tante Maria, il part en internat, puis fait des études de droit en s’impliquant parallèlement dans le journalisme. Il rencontre à cette époque Gilberto Freyre[1] : « Gilberto Freyre était un homme qui apportait à son pays des solutions littéraires inédites. Il estimait que la grandeur de la littérature brésilienne ne pourrait exister qu’avec la matière première brésilienne. Sans cette recherche de nos origines, il ne pouvait y avoir d’originalité – ni dans nos poèmes, ni dans nos romans. Son régionalisme n’était pas un régionalisme folklorique. C’était un régionalisme que nous pouvions qualifier d’universel, celui qui donne sa touche d’originalité à un peuple » José Lins do Rego, 1957.

Il se marie, travaille dans la magistrature puis s’installe à Maceio (Alagoas), où il se lie avec la nouvelle vague d’écrivains (Graciliano Ramos, Rachel de Queiroz, Aurélio Buarque de Holanda, etc.), tout en gardant contact avec Gilberto Freyre resté à Récife. Partisan du Mouvement régionaliste du Nordeste, il s’oppose au Modernisme de la semaine d’art moderne de São Paulo (1922).

Il écrit en 1929 son premier livre, L’Enfant de la plantation, qui sera publié 3 ans plus tard dans une petite maison d’édition à compte d’auteur. Le livre est acclamé par la critique car il a réussi à concrétiser dans la pratique littéraire cette nouvelle langue brésilienne que les modernistes recherchaient. Une nouvelle vie commence pour lui et il déménage à Rio de Janeiro en 1935. Sa production ne s’arrête plus : Doidinho (1933), Banguê (1934), O moleque Ricardo (1935), Usina (1936), Historias da Velha Totônia (1936), Pureza (1937), Pedra Bonita (1938), Riacho Doce (1939), Agua Mãe (1941), Fogo Morto (1943) – considéré comme son chef d’œuvre –, Euridice (1947), Cangaceiros (1953) et Meus verdes anos (1956), son autobiographie.

On peut diviser la production littéraire de José Lins do Rego en trois cycles basiques :

  • Le cycle de la canne à sucre, avec L’enfant de la plantation, Doidinho, Banguê, O moleque Ricardo, Usina. Ces romans présentent une grande unité.
  • Le cycle du cangaço (banditisme), du mysticisme et de la sécheresse avec Pedra Seca, Cangaceiros.
  • Des œuvres indépendantes, comme Pureza, Agua-mãe, Riacho Doce, Euridice…  – des tentatives d’échapper au paysage nordestin qui ne marqueront pas les esprits.

Il est élu à l’Académie Brésilienne des Lettres en 1955. Il meurt en 1957, des suites d’une schistosomiase hépatique contractée enfant, lorsqu’il se baignait dans les rivières du Nordeste.

L’Enfant de la plantation sera adapté en film  en 1965 (produit par Glauber Rocha, sous la direction de Walter Lima Junior).

C’est un homme étrange. Il entre dans la Librairie José Olympio sans dire bonjour à personne, habillé élégamment, l’air désinvolte, bien nourri, les yeux qui s’agitent derrière ses verres, des tics sur le visage, la voix forte, bruyante. Il apporte avec lui quelques livres – Ils m’ont beaucoup impressionné ! – qu’il ne va pas lire, prend connaissance des messages que la réceptionniste a toujours pour lui, se dirige vers le téléphone : il parle football, la littérature n’a pas d’importance. Il parle avec ses amis, Graciliano Ramos, Aurélio Buarque de Holanda, quelques-uns encore, parle sans écouter les réponses, raconte les histoires les plus drôles, son humour est rabelaisien, il rit avec joie, bruyamment –  c’est un enfant, l’éternel enfant de la plantation. La littérature n’a pas d’importance. Il dit de tous les hommes qu’il admire ce qu’il pourrait dire de lui-même : « C’est davantage un homme de la terre qu’un homme des livres ». C’est un fin gourmet au terrible coup de fourchette, un homme qui aime les jolies filles, le football et ses compatriotes. Et puis soudain, il sent des douleurs dans tout le corps : à l’estomac, au foie, au cœur. Il s’assoit, muet, la tête basse. Il ne parle plus, n’écoute plus. Ses lunettes cachent une profonde tristesse. Il se lève et sort sans dire au-revoir à personne. Il est ainsi. Otto Maria Carpeaux, Préface de Fogo Morto, 1943 

[1] Un des plus grands écrivains brésiliens, également anthropologue et sociologue. Son livre, Casa grande e senzala, est une pierre fondatrice de l’histoire brésilienne.

Romans publiés dans la collection Terra des éditions Anacaona 

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