Décolonialisme, postcolonialisme, et féminisme

Quelques vidéos, articles pour en savoir plus sur ce thème, vaste et sujet à de multiples interprétations. Il s’agit juste de quelques pistes… A vous d’aller plus loin !

Qu’est-ce que le décolonialisme ? Il s’agit « d’une pensée critique qui dénonce l’hégémonie politique et culturelle de l’Occident, gommant non seulement la participation de toute autre civilisation ou culture à la construction de la science moderne, mais excluant de plus tout autre forme de savoir dans la construction historique du monde d’aujourd’hui. » Les autres savoirs (autochtones, afrodescendants, etc.) ont été exclus de l’épistémologie dominante. Il suffit pour cela de regarder sa bibliothèque, de se rappeler ses cours de lycée, d’université ! Combien d’auteurs et d’intellectuels non-Occidentaux avons-nous étudiés ? Avec le décolonialisme, nous cherchons donc à « dissoudre la colonialité dans toutes ses formes (colonialité du pouvoir, du savoir, de l’être, du genre et de la nature » (citations : Lissell Quiroz). Enfin, pour reprendre Françoise Vergès, “une politique décoloniale questionne une République où s’accumulent inégalités, discriminations et politiques d’abandon“. (dans Le ventre des femmes).

Vaste programme ! Voici quelques liens : féminisme, décolonialisme et antiracisme ; la décolonisation de l’histoire ; la décolonisation de la beauté. 

Féminisme, décolonialisme et antiracisme

 

Le féminisme noir, intersectionnel, décolonial… Un féminisme différent du féminisme dit universel – qui, au final, exclut une grande partie des femmes. 

Deux vidéos, deux podcasts

La décolonisation de l’histoire

 

C’est l’un des principaux champ d’études du décolonialisme.

Voici une série Arte en 3 épisodes, intéressante à de nombreux points de vue (disponible gratuitement en replay jusqu’en mai 2020 !) Mais j’ai trouvé intéressant de vous signaler les critiques que portent certains spécialistes à ce documentaire, les voici. Cliquez sur les images pour accéder aux sites.

Le documentaire parle d’abord et avant tout de la France – et de la Grande-Bretagne, oubliant les Amériques, pourtant premier territoire de colonisation – et de décolonisation. Il passe sous silence les luttes des Autochtones et des Esclavagisés pour se libérer. Lissel Quiroz (docteure en histoire et maîtresse de conférences en études latino-américaines à l’université Rouen Normandie) critique le regard eurocentré de cette série. “Dans les différentes interviews données à la presse, les auteurs insistent sur leur volonté d’adopter le point de vue des colonisés. Cependant, comme le souligne Gayatri Spivak, bien que cette approche historique soit pertinente et justifiée, elle peut aboutir aussi à parler, à s’exprimer à la place des Subalternes, au lieu de faire entendre leurs voix. C’est le travers dans lequel tombe ce documentaire” (…). Selon Angeline Benoît, dénoncer les crimes coloniaux ne suffit pas à sortir du récit dominant. “Derrière le foisonnement d’anecdotes et d’archives, les habituels silences: les mots suprématie blanche, mondialisation, génocide, épistémicide, racisme ou encore discriminations sont absents ou presque. ” (article ici)

Un article où Alain Brossat s’exprime sur la question postcoloniale, qu’il faut songer à prendre en compte dans l’analyse et le commentaire des rapports sociaux actuels.

Enfin, lorsque j’ai écrit mon livre 1492 Anacaona, l’insurgée des Caraïbes, j’ai justement cherché à décoloniser le récit qui est fait de la Découverte de l’Amérique (et des Caraïbes). Ecoutez la petite vidéo où j’explique un peu plus les raisons qui m’ont poussée à écrire ce livre. Et vous pouvez également lire un extrait. Enfin, une vidéo (pensez à activer les sous-titres !) de Jarid Arraes, qui présente une héroïne méconnue de la lutte contre l’esclavage : Dandara

1492 Anacaona insurgée des Caraïbes

La décolonisation de la beauté

 

Cela vous paraît un thème anodin ? Mais la beauté aussi véhicule une vision dominante du monde. L’UNESCO considère d’ailleurs le défrisage du cheveux crépu comme une conséquence traumatique de la Traite transatlantique.

La reconquête de son auto-image est une forme d’empowerment. Comme le dit Joice Berth, “En réussissant à éradiquer en nous la stratégie raciste de dépersonnalisation et d’aliénation de l’image noire, nous nous renforçons et pouvons nous diriger progressivement vers l’acceptation de notre auto- image, puis ultérieurement son admiration. Car comment pouvons-nous réagir aux agressions du monde extérieur si, en voyant notre reflet dans le miroir, le seul sentiment qui nous accable est celui d’inadéquation et de répulsion envers l’apparence qui caractérise notre identité ? Qu’est-ce qui nous motiverait à lutter pour l’émancipation et l’équité raciale et de genre si nous portons un sentiment constant de distorsion et de non-appartenance, façonné par une esthétique sans beauté et donc sans qualités humaines louables ?” (puisque, n’oublions pas, tout ce qui est beau est considéré comme bon.) Tout un chapitre du livre de Joice Berth sur l’empowerment porte précisément sur l’esthétique.

Voici également deux vidéos de Juliette Smeralda, sociologue martiniquaise, autrice de Peau noire, cheveu crépu : l’histoire d’une aliénation (éditions Jasor). Elle se demande si la domination des Blancs s’est arrêtée avec la décolonisation et si oui, alors pourquoi tant de femmes noires cherchent-elles à blanchir leur peau ou à défriser leurs cheveux ? Passionnant.

Empowerment et feminisme noir_Joice Berth_Anacaona

Néanmoins, la pensée décoloniale fait grincer certaines dents. Ainsi, dans une tribune publiée en septembre 2019 dans le journal Le Monde, 80 intellectuels s’insurgeaient : « La pensée “décoloniale” renforce le narcissisme des petites différences  », selon eux. “La pensée dite « décoloniale » s’insinue à l’université. Elle menace les sciences humaines et sociales sans épargner la psychanalyse. Ce phénomène se répand de manière inquiétante. Nous n’hésitons pas à parler d’un phénomène d’emprise, qui distille subrepticement une idéologie aux relents totalitaire en utilisant des techniques de propagande”.

Je ne reproduirai pas plus leur texte alarmiste – oui, les signataires semblent bien avoir peur de nous ! Ont-ils peur de perdre leur place, leur privilèges, leur universalisme ? Pour reprendre Djamila Ribeiro, “lorsqu’ils parlent d’universel, nous savons très bien qu’ils ne parlent que d’eux-mêmes…” Les intéressés pourront lire ce texte (à côté de la plaque) ici.