Mon premier roman, Tatou

Eh oui… vous avez bien lu, je sors mon premier roman, Tatou ! Qui l’eut cru ? Je n’aurais jamais pensé passer “de l’autre côté”. Mais j’avais trop de choses à dire, trop de choses qui m’indignaient, me révoltaient, me scandalisaient ou m’amusaient… Alors j’ai franchi le pas, l’année dernière – aux Etats-Unis, pour tout vous avouer. C’est là que l’inspiration m’est venue… Et j’ai terminé l’écriture de Tatou au Brésil.

Alors, d’abord, pourquoi “Tatou” ? QUOI ? Vous ne connaissez pas cet animal brésilien fantastique, qui semble (presque) sorti de la préhistoire ?

Le titre m’est venu naturellement, très vite, pour représenter mon héroïne : comme un Tatou, elle a une carapace, une armure d’écailles protectrice, qui la rend, apparemment, intouchable !

Je me souviens que je m’étais dit « Je vais me construire un putain de gilet pare-balles, et même un lance-roquettes ne me détruira pas », j’étais contente d’être dure comme du béton, c’était ma fierté, ma force, mais aujourd’hui ce béton pèse trois tonnes, je n’arrive plus à bouger, j’ai les pieds pris dans un bloc en ciment, la poitrine coincée dans un parpaing, j’ai trop forcé sur le blindage, on ne peut pas m’atteindre de l’extérieur, c’est vrai, mais je ne peux rien transférer à l’extérieur…(p.48)

Vous l’avez compris, tout s’écroule, et la carapace blindée vole en morceaux.

Et pourquoi cette héroïne, d’ailleurs, femme multimillionnaire, brillante, à qui tout réussit ? ça c’est un souhait qui m’est cher depuis longtemps… J’avais envie d’une héroïne qui soit Noire et riche. Non parce que la richesse est la réalisation ultime, mais pour aller à contre-courant des clichés. Et puis aussi parce que je n’ai jamais vu ce type de femmes dans des romans : des winneuses noires ! Ou si vous en connaissez, écrivez-moi 🙂

J’avais envie de m’interroger sur le rapport entre négritude et succès, négritude et richesse. Comment un(e) Noir(e) qui a très bien réussi, richissime, vit-il/elle sa condition noire ? Pour Victoria, mon héroïne, difficilement…

J’ai toujours cherché des héroïnes auxquelles m’identifier, inconsciemment puis un peu plus consciemment avec l’âge, alors, bien sûr, j’avais découvert Sojourner, Rosa, Shirley, Mellody, Oprah. Ah ! toujours ces United States of America, ils permettent à certains d’émerger parmi leurs élites intellectuelles, c’est difficile mais faisable, un jour j’irai, m’étais-je promis ; mais en France ? En France, un joueur de tennis masculin, bah, ce n’est tout de même pas un héros pour les gamines ambitieuses qui sont premières de la classe ? (p.28)

Je vous le dis franchement : j’ai une énooorme affection pour cette fille que j’ai créée ! J’adore ses contradictions, ses doutes, ses questions… Alors, c’est vrai, elle est parfois provocante, dérangeante, politiquement incorrecte, ou même méprisante, mais qui veut d’une héroïne parfaite ?

J’ai eu beau m’habiller le plus simplement possible, escarpins noirs, jean slim noir, débardeur ivoire en soie froissée et vernis rouge Yes We Can – ah, quand j’ai vu ce nom, j’ai su que ce vernis était fait pour moi ! –, je sais que ma richesse transparaît, mais ce n’est pas pour me déplaire, et alors ? On nous bassine que les jeunes des quartiers manquent de modèles positifs ; eh bien, regardez-moi les jeunes, j’en suis un de modèle positif, prenez-en de la graine, je suis la réussite incarnée, acquise au prix du travail, des diplômes, et du travail, le secret du succès et le seul, ne vous laissez pas séduire par les fausses recettes miracles – et à cette pensée je me redresse, un peu plus droite. (p.67)

Bien sûr, l’histoire se passe entre la France et le Brésil – je ne pouvais pas écrire sur autre chose ! D’abord à São Paulo, chez les ultra-riches – c’est l’occasion pour moi de bien m’amuser dans les descriptions : Victoria est obsédée par son apparence, ses vêtements, son vernis à ongles ; et puis aussi en France, où Victoria a passé son enfance. Ce sera l’occasion pour moi de m’interroger sur sa condition de métisse et ses problèmes identitaires.

Bref, installée au Brésil, Victoria, en quête de sens à sa vie, découvre le mouvement des saraus – que les lecteurs Anacaona connaissent bien (voir ici ou ici). Les lecteurs Anacaona pourront d’ailleurs s’amuser à retrouver quelques auteurs… Et ces rassemblements littéraires vont, littéralement, la transformer, la bouleverser :

Jamais je n’ai été autant touchée par un mouvement artistique, jamais je n’ai ressenti les émotions que je ressens au sarau, jamais je n’ai eu ce serrement dans la poitrine en contemplant un tableau, une statue ; la littérature, c’est mon truc – ah si, l’opéra aussi peut-être, une année, à Paris, j’avais pris un abonnement et j’y allais toute seule, exprès, pour pouvoir m’essuyer les yeux et me moucher en cachette ; cette année-là, oui, j’avais ressenti des émotions à la hauteur de l’opéra, démesurées. (p.96)

J’avais aussi très envie d’écrire sur l’absence d’un père pour une fille – et par ricochet sur le rôle des mères. Car au final, cette faim dévorante, cette ambition démesurée, ne vient-elle pas de là, de cette blessure intime ?

Et ces mères obligées d’assurer, pas d’autre choix face à des hommes qui n’assurent pas une cacahouète, même s’ils ont soi-disant leurs raisons, en tout cas je tire mon chapeau aux dragon-ladies, seules capitaines à bord d’un bateau à la dérive, transformées en mères-pères, par la force des choses. (p.147)

Voilà, je ne vais pas tout vous raconter… Vous serez dans la tête de Victoria, qui va à mille à l’heure, en guerre ouverte contre la planète entière, aux prises avec toutes ses contradictions, et vous la suivrez dans son parcours : car sous ses dehors de femme à qui tout réussit se cache une femme plus complexe… Je n’en dis pas plus 🙂

Tatou sort en librairie le 25 mai – mais je vous le propose en avant-première, et à un prix promo ! Je me ferai une joie de vous le dédicacer 🙂 et j’attends avec impatience vos impressions une fois que vous l’aurez lu !

Vous pouvez d’ailleurs lire le début ici.

carré

One reply on “Mon premier roman, Tatou

  • Mathieu Albanie

    Je n’ai pas encore lu le roman, je me pencher sur l’extrait qui déjà semble sympa, mais j’avoue que je commente grâce au Tatou, car c’est un des surnoms que j’ai donné à mon fils, parce que petit il ressemblait, comme nous tous, à un Tatou.

    Voilà, longue à tous les Tatous !

    PS : J’ai aimé Manuel de la Haine, Nem de Rocinha, deux très bons livres.

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