Les Cangaceiros du Nordeste brésilien

Que fait le peuple quand on le pousse à bout, lorsqu’il n’entrevoit aucun futur ? Dans un sertão où manque de modèles, les hors la loi deviennent des héros.
Découvrez l’histoire du cangaço et des cangaceiros, des emblématiques du Nordeste brésilien.

Le Cangaço

Le Cangaço prend forme dans la région du Nordeste au Brésil de la moitié du XIXe siècle au début du XXe siècle. Dans cette région aride et très difficile à cultiver (le sertão), les rapports sociaux sont particulièrement durs et les inégalités plus criantes qu’ailleurs. Le cangaço apparaît ainsi comme une forme de révolte contre la domination des propriétaires terriens et le gouvernement. Beaucoup d’hommes et de femmes ont décidé de devenir des bandits nomades (les cangaçeiros), errant dans les grandes étendues de l’arrière-pays, cherchant de l’argent, de la nourriture, dans un esprit de vengeance. Pour connaître la géographie du Nordeste brésilien vous pouvez consulter notre article de blog sur le sujet.

Les cangaceiros peuvent être vus comme des guérilleros avant l’heure. Leur rébellion n’est-elle pas un acte de résistance, illégal mais indispensable, quand l’injustice est trop criante ? L’Histoire abonde de révoltés qui ont conspiré contre l’ordre établi, à tort ou à raison. Certains ont été glorifiés en héros national, d’autres non ; la lutte de certains aura été bénéfique pour leur peuple et leur pays, pour d’autres elle aura été vaine. En cela, l’action des cangaceiros a-t-elle réellement changé la donne dans le Nordeste, remis en cause l’ordre des coronéis et autres grands propriétaires ? Pas vraiment, mais ce mouvement, vu comme une forme de banditisme, est ancré dans l’histoire du Nordeste et illustre une période d’inégalités atroces…

Les cangaceiros ce sont ceux qui ont incarné le cangaço brésilien, des personnages historiques du Nordeste brésilien. Voici quelques-uns des cangaceiros les plus connus dans l’histoire brésilienne.

Antonio Silvino, le Robin des Bois nordestin

Antonio Silvino (1875-1944) est considéré un bandit social, un des plus célèbres cangaceiros avant Lampião. Connu comme « La carabine d’or » ou « le bandit gentilhomme », il devient cangaceiro à 21 ans, en 1896, après la mort de son père.

Il échappa à la police pendant des années, mis des villages à sac, arracha des fils de télégraphe ou des voies de chemins de fer, séquestra des ingénieurs… Mais était adulée par le peuple qui le voyait comme un héros car il respectait les familles. Son invincibilité se termine en 1914, lors d’une confrontation armée avec la police (sous le gouvernement du général Dantas Barreto). Il est atteint d’une balle au poumon, réussit à s’échapper, mais se livre finalement. Il est transporté, mourant, en hamac, jusqu’à la gare de Caruaru, ville de l’état du Pernambouc, et de là va jusqu’à Recife où il est emprisonné. Une immense foule l’attend à la prison. Il est condamné à 239 ans et huit mois de prison. Il est gracié par le Président Vargas après 23 ans de détention en 1937. Il meurt en 1944.

Le cangaceiro Antônio Silvino a une image romantique. Ses distributions d’argent et de butin aux pauvres lui avaient valu un grand prestige populaire, c’est une sorte de Robin des Bois nordestin. À l’opposé, la réputation de Lampião, le plus célèbre des cangaceiros, est exécrable.

L’action des cangaceiros s’intensifie dans le sertão à la fin du 19ème siècle. Ils attaquent et rançonnent les voyageurs sur les routes, envahissent les propriétés, pillent les villages et terrorisent les populations.

À ce jour, les cangaceiros continuent à occuper une place privilégiée dans la mémoire et la culture populaires. Une partie du monde rural s’identifiait volontiers à ces bandits sociaux mythifiés, héros au grand cœur, vengeurs, justiciers, voire libérateurs et qui contestaient de fait un ordre social injuste.

Lampião, le « Roi du Cangaço »

Lampião
Capitaine Virgulino Ferreira da Silva, dit Lampião, est connu comme étant le plus grand « héros » folklorique brésilien. Il est né en 1900, à Serra Talhada, Sertão de Pernambuco, dans une famille de petits paysans éleveurs.

En 1919, Virgulino voit son père se faire abattre par la police après une altercation. De cet évènement naît en Virgulino une forte haine vis-à-vis de la police, et ce sentiment l’accompagnera toute sa vie. Cela le pousse à s’affilier à une bande de cangaceiros pour venger la mort de son père et en 1922, il devient lui-même chef d’une bande, l’une des plus redoutables du Nordeste.

Virgulino Ferreira da Silva, devient Lampião, et avec sa bande pille des villes ainsi que des maisons et des fermes des grands aristocrates et colonels.

En 1930 il rencontre Maria Bonita, qui adhère à sa bande et devient sa femme. Mais dans les années 1930 lui et sa bande sont déjà poursuivis par la police de plusieurs états du Nordeste.

La bande de cangaceiros de Lampião, au milieu avec sa femme Maria Bonita.

Le 27 juillet 1938, Lampião et beaucoup d’autres cangaceiros sont morts dans une embuscade tendue par des soldats. Les

Les têtes des cangaceiros et de Lampião exposées au public, après leur mort en 1938.

têtes de Lampião et de neuf de ses camarades sont restées exposées au public pendant plusieurs jours, « pour l’exemple ».

Après avoir été exposées à la caserne des gendarmes de Maceió, elles ont été remises à l’Institut Anthropologique et Ethnographique de Bahia, où elles ont été momifiées et ensuite exposées dans un musée. Les têtes des cangageiros, n’ont été enterrées que 30 ans plus tard.

Lampião reste la figure la plus emblématique du cangaço. Très violent, il est tout de même souvent représenté comme un homme qui s’est révolté contre l’ordre établi et, surtout, contre la figure du coronel. Bien que l’on puisse douter qu’il ait eu en tête une motivation plus politique qu’individuelle.

Lampião, a toujours gardé une certaine ambigüité en sa personne. Il pouvait se montrer à la fois extrêmement généreux et extrêmement cruel. Et rien de moins sûr qu’il ait eu une vision politique globale – ce qui importait en premier lieu, c’était ses intérêts personnels.

Deux ans après l’élimination de Lampião, ce sera le tour de son bras droit, Corisco. Le Cangaço des bandes permanentes prend ainsi fin.

Dès le début du siècle, les poètes populaires nordestinos immortalisent les prouesses des cangaceiros à travers une littérature régionale, sorte de chanson de geste, le Cordel. Sur les marchés et les foires, on chantera ou on lira à haute voix l’épopée tragique de ces héros d’autrefois. Les cangaceiros vivent toujours dans le folklore, la littérature, les bandes dessinées, la TV, les films et les chansons populaires…telles que celles de capoeira.

Petit plus :

Vous pouvez lire notre article de blog sur le dernier cangaceiro brésilien survivant de la bande de cangaceiros de Lampião des années 1930.

Vous avez aimé l’histoire du cangaço et des cangaceiros ? Vous aimerez Crépuscules et L’enfant de la plantation, de José Lins Do Rego, et La terre de la grande soifRachel de Queiroz, des classiques de la littérature brésilienne qui révèlent les beautés et les misères du nordeste, de ses habitants et de ses personnages pittoresques.

Crépuscules, de José Lins do Rego, cliquez pour en savoir plus.
L’Enfant de la Plantation, de José Lins do Rego, cliquez pour en savoir plus.
La terre de la grande soif, de Rachel de Queiroz, cliquez pour en savoir plus.
Envie d’en savoir plus sur Maria Bonita ? Promenez-vous sur nos articles de blog pour découvrir cette femme folklorique 🙂

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