Les sécheresses historiques du Nordeste

Les sécheresses du Nordeste

Dès le 16e siècle, des jésuites décrivent des sécheresses dans l’intérieur des terres du Nordeste.

A partir du 19e siècle, on a davantage de vestiges de ces événements climatiques extrêmes (1824-1826 ; 1845) mais c’est surtout à partir de la sécheresse de 1877-79 que le Brésil entier est informé. En 1877, l’empereur Dom Pedro II enverra des tonnes de nourriture à ses sujets. Les photographies d’enfants faméliques ou de cadavres le long des voies ferrées émeuvent le pays. L’Empereur se lance dans une politique de grands travaux et fait construire des barrages pour tenter d’endiguer le phénomène.

Les sécheresses font tristement partie de l’histoire de la région, et tous les grands auteurs régionalistes en parlent : la sécheresse de 1877 dans le roman Crépuscules, de José Lins do Rego ; et la sécheresse de 1915 dans La Terre de la grande soif

 

Xilogravure titrant : déplacement d’habitants du sertão (les sertanejos)

Au cours de la sécheresse du Nordeste de 1915, décrite dans La Terre de la grande soif, plus de 100 000 personnes sont mortes de faim, et plus de 250 000 ont quitté leurs terres. Des villages entiers ont été abandonnés. Mais le gouvernement du Ceara a encore à l’esprit les émeutes de 1877, où 100 000 réfugiés faméliques étaient arrivés à Fortaleza, effrayant ses habitants. Des campos de concentração (traduit « camp de réfugiés ») sont donc créés, pour éviter un afflux trop important de réfugiés dans la capitale. Dans ces camps, les réfugiés étaient parqués sous la vigilance de soldats. La même stratégie fut reproduite lors des sécheresses suivantes, à plus grande échelle.

Malgré ces grands travaux – barrages pharaoniques sur l’immense fleuve São Francisco – les sécheresses continuent : années 1950… 1963… 2012-2013… Environ un tiers du sertão est considéré « zone à risques » : c’est le Polygone de la sécheresse.

Ainsi, le retirante, sorte de « réfugié climatique », est une figure permanente de l’histoire du Nordeste – et du Brésil : le Nordeste, terre de migration, a essaimé ses paysans dans tout le Brésil : en Amazonie au début du XXe siècle (où ils travaillaient comme seringueiros, ou récolteurs de latex), à Brasilia (où les candangos ont bâti la nouvelle capitale), et dans les deux grandes mégapoles du Sud, Rio de Janeiro et São Paulo, où ils sont venus gonfler les favelas. L’ex-président Lula est d’ailleurs fils de retirantes originaires du Pernambouc.

Le Nordeste continue à souffrir de sécheresses – 2012-2013 (voir article de blog ici) et 2017 (article de blog ici)

Mais dans le pays qui détient les plus fortes ressources en eau potable de la planète, comment est-il possible qu’une partie de son territoire souffre encore de sécheresses chroniques ?…

 

Crépuscules, roman de José Lins do Rego, raconte la sécheresse de 1877 ; et La Terre de la grande soif celle de 1915, deux périodes dramatiques dans la vie des nordestins

Crépuscules, de José Lins do Rego, cliquez pour en savoir plus.
La terre de la grande soif, de Rachel de Queiroz, cliquez pour en savoir plus.

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