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Le brigand du sertão, une BD brésilienne sur le Nordeste

 

Ma lecture de ce week-end : Le Brigand du sertão, une bande-dessinée brésilienne sortie depuis quelques mois en France, traduite par Fernando Scheibe et Philippe Poncet (que je salue en passant 🙂

La postérité a surtout immortalisé Lampião – mais le sertão du début du XXe siècle regorgeait de cangaceiros, bandits sanguinaires – ou Robin des bois ? Ici, Flavio Colin (un des plus grands dessinateurs de BD au Brésil, décédé en 2002) et le scénariste Wellington Srbek s’attardent sur le destin d’Antonio Mortalma, qui a terrorisé le Minas Gerais dans les années 1920…

Les auteurs mélangent mythe et réalité pour cette BD qui est, surtout, un hommage à la culture brésilienne populaire, souvent oubliée dans les BD brésiliennes. Le scénariste raconte s’être plongé dans les archives de l’époque et, surtout, dans, Grande Sertão – Veredas (en français Diadorim), le chef d’œuvre de Guimarães Rosa.

Dans un village fictif, Buritizal, dans le sertão désertique du Minas Gerais : on suit l’affrontement entre deux bandes de cangaceiros, celle de Manoel Grande et de Antonio Mortalma – qui, d’après la légende, aurait vendu son âme au diable…

Un journaliste binoclard (fictif lui aussi, mais qui à certains égards pourrait par exemple faire penser à Benjamin Abrahão, qui avait suivi Lampião) est envoyé bien malgré lui chez ces « sauvages », et chargé de consigner les histoires et légendes autour de ces bandits. Non sans un certain sentiment de supériorité, au début :

La grâce des lumières de la civilisation et des temps modernes ne leur étant pas accordée, ces gens spirituellement attardés sont victimes de toutes sortes de superstitions ». (…) Rien d’étonnant à ce que dans un milieu si hostile, sous l’emprise de la peur et de l’ignorance, les sertanejos finissent par idolâtrer les pires scélérats, les prenant pour des héros courageux.

Cependant, la cohabitation avec ces « analphabètes » le fait peu à peu changer d’avis… Et il termine :

À l’évidence, nous méconnaissons notre propre nation. Arrogants, nous la considérons, ainsi que ceux qui vivent dans les campagnes les plus reculées, d’un air supérieur, étranger colonisateur.

En conclusion, Le brigand du sertão est-il un western brésilien ? Le décor est posé : duels, pillages, vengeances et gorges tranchées à la pelle. Cependant, quelques intéressantes réflexions philosophiques et cette plongée dans la culture populaire brésilienne le différencient largement d’une BD classique. Le résultat est une BD solide d’un point de vue historique, et soignée d’un point de vue littéraire. Le graphisme en noir et blanc, assez simple, est parfois confus (on ne sait plus trop qui est qui dans les personnages). On comprend un peu mieux le format narratif en sachant qu’au Brésil, cette BD avait été à l’origine publiée en 6 petits volumes, comme les 6 histoires qui composent Les brigands du sertão. Ainsi, chaque partie a son narrateur, son angle de vue, et au final toutes ces histoires, qui peuvent être lues de façon indépendante, sont assemblées pour composer un récit dense et rythmé.

A ceux qui avaient aimé l’univers de José Lins de Rego, grand passeur lui aussi de la culture populaire nordestine – l’Enfant de la plantation et Cangaceiros (La Horde sauvage, à paraître aux éditions Anacaona), sont imprégnés eux aussi de ces mythes fondateurs de la culture populaire nordestine brésilienne : cangaceiros, loups-garous, mule-sans-tête, etc., cette BD devrait vous plaire !

Un exemple de planche. On remarque l’attention prêtée aux détails historiques (costumes, végétation).

Paula

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